Mental d'athlète
Ce que les sportifs entraînent et que la plupart des dirigeants ignorent.
Par Sandy Morin, Préparatrice Mentale et Coach à MontpellierMis à jour le 28 octobre 20267 min de lecture
Performer le jour J, c'est sortir son meilleur niveau au moment où ça compte, sous pression. Les sportifs l'entraînent avec trois piliers : une routine d'avant-performance, la visualisation du déroulé (imprévus compris) et le focus sur ce qui est contrôlable. Les plans « si… alors » complètent la préparation.
Une compétition. Un pitch. Un comité. Une prise de parole décisive. Le jour J, le talent ne suffit pas. Ce qui fait la différence, c'est ta capacité à sortir ce que tu sais faire au bon moment, sous pression. Et ça, les sportifs l'entraînent. Les autres, rarement.
Un athlète de haut niveau ne travaille pas que son corps. Il entraîne son mental avec la même rigueur : routines, gestion de l'activation, concentration, scénarios. Le jour J, il n'aura pas le temps de réfléchir, tout doit être prêt. Une dirigeante, une entrepreneure ou une cadre vivent exactement les mêmes moments de performance sous pression. La différence : la plupart y arrivent sans préparation mentale, en comptant sur leur niveau.
J'ai entraîné des équipages de voile avant d'accompagner des femmes en entreprise. Le constat est le même : celles qui passent le cap ne sont pas celles qui forcent le plus, ce sont celles qui ont préparé leurs réglages.
Trois piliers, directement issus de la préparation mentale du sport :
Une séquence stable et répétée qui te met dans le bon état, quel que soit le contexte. Elle ancre, elle rassure, elle libère l'attention. Elle peut tenir en cinq minutes : respiration, phrase d'ancrage, relecture de ton message clé.
Te représenter mentalement le déroulé : pas seulement le résultat, mais les gestes, l'enchaînement, et même les imprévus. Le cerveau s'y prépare comme s'il l'avait déjà vécu.
Le résultat, le jugement des autres, l'aléa ne dépendent pas de toi. Ton attention, ta préparation, ton processus, si. C'est là que tu mets ton énergie.
Son entraîneur Bob Bowman lui faisait visualiser la course idéale chaque soir et chaque matin, un « film » si détaillé qu'il intégrait même les scénarios catastrophe. Aux Jeux de Pékin en 2008, ses lunettes se sont remplies d'eau en pleine finale du 200 m papillon. Aveugle, Phelps a compté ses mouvements exactement comme il l'avait répété : or olympique et record du monde à l'arrivée. Il a raconté être resté détendu, parce qu'il n'avait fait que revenir à ce qu'il avait travaillé.
Le psychologue Peter Gollwitzer a montré la puissance des plans « si… alors » : décider à l'avance « si telle situation survient, alors je fais ça » augmente nettement les chances de tenir son objectif sous pression. Avant ton jour J, prépare deux ou trois scénarios :
Choisis ton prochain moment à enjeu et écris ton « film » en dix lignes : l'arrivée, la première phrase, le moment le plus délicat, la réaction que tu crains, ta réponse, la conclusion. Relis-le deux fois avant le jour J, une fois le soir, une fois le matin, en te concentrant sur les sensations et non seulement sur les mots.
Ajoute en bas trois plans « si… alors ». Le jour J, tu ne découvres plus la situation : tu la reconnais.
Beaucoup de femmes préparent parfaitement le contenu et pas du tout l'état dans lequel elles vont le délivrer. Elles connaissent leurs chiffres par cœur, mais pas leur réaction quand on les interrompt. C'est là que la préparation mentale fait la différence : on prépare la personne autant que le dossier.
Visualisation : l'entrée dans le bureau, ta première phrase, le silence après le chiffre. Plan « si… alors » : si on te répond « ce n'est pas le moment », alors tu demandes la date et les critères. Focus : ta demande, pas leur réaction.
Routine : cinq minutes seule, respiration lente, relecture de tes trois messages clés. Contrôlable : ton rythme, tes transitions, ta réponse aux objections préparées.
Le jour J ne récompense pas la chance. Il récompense la préparation. Tu ne contrôles pas le résultat, mais tu peux arriver prête, à ta place, capable de sortir ton meilleur niveau quand ça compte. Pour construire ta séquence, suis la routine en cinq étapes pour préparer un moment à fort enjeu.
Clarifie ton objectif de processus, visualise le déroulé avec ses imprévus, prépare deux ou trois plans « si… alors » et installe une routine courte juste avant.
Oui, à condition d'être précise : gestes, enchaînement, sensations et imprévus. Elle prépare le cerveau à une situation comme s'il l'avait déjà vécue.
Non. Les mêmes outils s'appliquent à toute situation à fort enjeu : prise de parole, négociation, recrutement, levée de fonds, examen.
Tu veux appliquer ça à ta prochaine échéance réelle ? On part d'un comité, d'une négociation ou d'une décision que tu repousses, et on la prépare ensemble.
Quel mécanisme te freine ? Le test en 3 min → Réserver ma session offerteSandy Morin, Préparatrice Mentale et Coach à Montpellier et dans l'Hérault.
Directrice Générale Adjointe d'une entreprise de santé, passée par les RH et ancienne entraîneure de voile, elle entraîne les femmes cadres et entrepreneures à tenir leur place sous pression. Son parcours
Sources : Charles Duhigg, « The Power of Habit » ; Michael Phelps (Forbes) ; Peter Gollwitzer, travaux sur les intentions de mise en œuvre.
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